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Quand la mode se serre la ceinture

Dimanche soir, en flânant aux Galeries Lafayette, j’ai observé une scène presque amusante. Au rayon des fourrures, ces pièces hors de prix que plus personne n’assume vraiment, des dames d’un certain âge essayaient des manteaux comme on essaie un morceau de temps passé. En pleine crise, l’image paraissait irréelle, du haut de gamme manipulé comme un souvenir. Et pourtant, cette scène disait quelque chose de notre époque. On revient à ce qui rassure, aux matières nobles, aux tendances anciennes, aux investissements qui durent. Comme si la mode, elle aussi, cherchait des certitudes.

À l’image de nos sociétés, le vestiaire contemporain traverse un conflit intérieur. Les consommateurs hésitent, les vitrines se font plus sages, les podiums moins exubérants. Les paillettes cèdent la place aux tons neutres, les logos géants aux coupes minimalistes. Comme si la mode, cette éternelle extravagante, s’était enfin décidée à faire profil bas.

Le pouvoir d’achat se crispe, et même les passionnés regardent désormais les prix à deux fois avant d’acheter. Les marques s’adaptent, durabilité, basiques, pièces intemporelles, seconde main. En parallèle, la fast-fashion continue de dominer et crée une véritable tension éthique. Le diable, aujourd’hui, s’habille en Shein. Car tout le monde n’a pas une friperie à proximité, ni les moyens d’acheter responsable.

La mode suit une fois de plus la météo économique. Après 1929, les silhouettes se simplifient, après 2008, l’ostentation s’efface au profit du quiet luxury. Aujourd’hui, avec l’inflation et l’incertitude, rebelote. Celle-ci reflète cette retenue. Elle parle moins fort, mais peut-être mieux.

Sauf que cette fois, quelque chose a changé. La crise crée deux mondes distincts. D’un côté, les riches un peu moins riches qui troquent l’exubérance pour la discrétion, de l’autre, ceux qui comptent chaque euro, pour qui « consommer responsable » devient un luxe inaccessible. En période d’instabilité, on se replie sur l’essentiel. Les vêtements deviennent des refuges, des abris de coton ou de laine contre ce monde en désordre. Porter un costume bien taillé ou un pull gris, c’est parfois une façon de dire que l’on reste debout.

Cette sobriété n’est pas qu’un renoncement, c’est aussi une forme de résistance à la surconsommation et aux tendances qui s’épuisent avant d’exister. Il y a quelque chose de beau dans ce retour à la mesure, des matières plus authentiques, des couleurs plus naturelles, un savoir-faire remis en avant. Et le public suit, du moins, ceux qui le peuvent.

Oui, la mode se serre la ceinture. Elle abandonne un peu de son extravagance, mais gagne en sens. Et si cette sobriété annonçait une nouvelle ère, celle où l’on comprend enfin que la beauté n’a pas besoin d’éblouir pour exister ? 

©Défilé automne-hiver 2025 COS
©Looks du défilé Gucci Automne-Hiver 2025

Par Mathéo RODRIGUES