L’apparition de l’IA dans le monde du cinéma a bouleversé les pratiques, qu’elles soient artistiques ou techniques. L’omniprésence de cette technologie s’explique notamment par les bénéfices qu’apporte l’intelligence artificielle, qui produit plus rapidement à un coût moins élevé, transformant donc la création du cinéma.
Selon les données du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée), la moitié des professionnels (monteurs, réalisateurs, scénaristes) ont déjà utilisé l’IA dans leur travail. Aujourd’hui, près de 80 % d’entre eux continuent de s’en servir. Ces statistiques révèlent un véritable changement : l’IA est devenue un réel outil. L’émergence de l’IA dans le 7e art s’illustre notamment avec Critterz, un projet de long-métrage d’animation d’Open AI (l’entreprise américaine d’intelligence artificielle fondée en 2015) en collaboration avec le studio Native Foreign. Un court-métrage avait déjà été réalisé en 2023 grâce à des outils d’intelligence artificielle par Chad Nelson, mais aujourd’hui, Open AI et Native Foreign voient encore plus grand : réaliser un long-métrage qui puisse être projeté à la 79e édition du Festival de Cannes, festival international de cinéma. Ce long-métrage a été écrit par deux scénaristes avec des voix d’acteurs, mais la création sera beaucoup plus rapide : elle a pour objectif d’être réalisée en neuf mois (contre au moins 3 ans pour une production traditionnelle), avec des coûts moins élevés. En plus de Critterz, d’autres films ont été réalisés presque entièrement par l’intelligence artificielle comme DreadClub : Vampire’s Verdict en 2024, qui a bien été accueilli par le public. Ils montrent une nouvelle forme de cinéma beaucoup plus accessible aux petits studios ou aux créateurs indépendants.
Une révolution source d’inquiétude
Mais bien que Critterz ne soit pas entièrement généré par l’IA, cette nouvelle technologie suscite de nombreuses interrogations. En effet, certains voient cette révolution comme une opportunité de faciliter la création, mais d’autres, notamment les professionnels, craignent de perdre leur travail ou de devenir de moins en moins importants au cours des productions. Cela s’est vu lors des grandes grèves, contre l’utilisation de l’intelligence artificielle de la part des scénaristes, acteurs et producteurs de cinéma à Hollywood en 2023 et 2024, qui considèrent, que la technologie met en danger leur métier. Le point de départ de ces grèves : l’utilisation de voix et idées des professionnels sans avoir obtenu leur consentement.
La question de demain
Malgré toutes ces peurs, l’IA ne semble pas encore remplacer complètement les créateurs. Cette technologie reste dépendante et s’inspire toujours d’acteurs, de réalisations déjà existantes. Ainsi, le rôle des professionnels du cinéma vient à changer mais ils ne disparaissent pas entièrement, ils ont toujours un rôle à jouer. Ils agissent encore afin de contrôler l’intelligence artificielle. Le cinéma de demain est donc contraint de d’évoluer, en devenant plus rapide, plus économique et plus accessible, mais tout en essayant de sauvegarder l’essence humaine qui donne vie à l’art.
La sensibilité humaine est au cœur du cinéma. En effet, le réalisateur choisit de mettre en image des souvenirs, de l’empathie, de la passion. Cette passion qui crée, rassemble et touche les téléspectateurs. Nous pouvons donc être amenés à nous questionner sur ces émotions ressenties lorsque nous regardons un film : un long-métrage entièrement réalisé par une machine sera-t-il capable de nous faire voyager et percevoir autant de choses que le fait un réalisateur ? L’Homme saura-t-il garder le contrôle sur le cinéma ?
Par Valentine MANNESSIER