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Vivre sans musique ? Impossible.

© Gigxels / Pixabay

La musique fait partie intégrante de notre quotidien et colore nos journées. Parce qu’elle semble anodine, son impact psychologique profond sur l’être humain passe souvent à la trappe.

Pour beaucoup, la musique n’est qu’un simple loisir quotidien. Pourtant, les travaux scientifiques montrent qu’elle occupe une place bien plus essentielle dans notre fonctionnement cognitif et affectif. Comme le souligne Emmanuel Bigand, professeur de neurosciences cognitives à l’Université de Bourgogne Europe, la musique constitue un véritable besoin humain.

En s’intéressant réellement à son rôle dans nos vies, un univers insoupçonné se dévoile. Les recherches en neuropsychologie mettent en lumière un cerveau particulièrement sensible aux signaux sonores. “La musique est un langage et l’interprétation le prouve” annonce-t-il dans la foulée. La perception auditive mobilise de multiples dimensions : chacun se tourne vers les sonorités qui répondent à ses besoins du moment.

Dès que l’on gratte la surface, la musique se révèle bien plus qu’un art ou un simple plaisir : elle agit directement sur notre cerveau et nos ressentis.

La régulation des émotions

La gestion de nos états internes occupe une place centrale dans notre développement. Bonne nouvelle : l’une des fonctions majeures de la musique est justement d’aider à stabiliser notre vie émotionnelle. Pour certains chercheurs, c’est même sa raison d’être.

Du point de vue scientifique, nos émotions peuvent être comprises comme des dynamiques internes qui interagissent avec les stimuli extérieurs. Les sons — et en particulier les mélodies — agissent alors comme des signaux capables de résonner avec notre état émotionnel. Au fil de la vie, nous sommes naturellement attirés par certains univers sonores en fonction de nos besoins du moment et des épreuves que nous traversons.

Et parmi ces fonctions émotionnelles, l’une des plus surprenantes concerne les mélodies mélancoliques …

Quand la tristesse fait du bien !

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la mélodie sombre peut procurer du réconfort. Selon une étude menée par le professeur Emery Schubert, 82 % des participants affirment que la tristesse ajoute du bonheur à l’écoute. La popularité des chansons “tristes” justifie leur omniprésence sur les plateformes musicales. Par ailleurs, l’album le plus vendu du XXIe siècle est “21” d’Adèle, un album rempli de morceaux mélancoliques comme “Someone Like You”, qui illustre parfaitement ce paradoxe : une mélodie triste qui réconforte des millions de personnes.

Mais comment comprendre ce phénomène qui semble contradictoire ?

Une explication logique

La musique mélancolique enveloppe l’auditeur d’émotions sombres, oscillant entre mélancolie et chagrin. Cependant, ces émotions ne sont pas subies, mais recherchées par l’auditeur, il adopte cette tristesse, car elle n’aura aucun impact sur sa vie réelle. L’écoute d’une mélodie triste permet à l’auditeur de libérer une douleur intérieure sans avoir à l’affronter directement. C’est ce qu’on appelle “la catharsis”, c’est‐à‐dire le fait de verbaliser une émotion dont il est difficile de se défaire. Quand une chanson procure un sentiment de compréhension, cela favorise la régulation émotionnelle.

Un besoin primaire

N’avez-vous jamais ressenti le besoin d’écouter de la musique ? D’après des travaux récents, la musique permettrait de libérer des opioïdes dans plusieurs régions cérébrales, connues pour leur rôle dans le traitement de la récompense. Ces études démontrent que le mécanisme de récompense naturellement associé au plaisir lié à nos besoins primaires tel que manger, intervient également à l’écoute de la musique. Des chercheurs ont montré que plus une musique est appréciée, plus le cerveau libère d’opioïdes dans la zone clé du plaisir.

Selon le neuropsychologue Hervé Platel, le plaisir musical repose sur plusieurs dimensions. Il y a d’abord le plaisir sensoriel, lié à l’écoute elle-même. S’ajoute ensuite un plaisir plus mémoriel : reconnaître un morceau, attendre un passage précis, et ressentir une satisfaction particulière lorsqu’il arrive.

Et bien plus encore ...

Cet univers sonore est vraiment bien plus complexe qu’on ne le pense ! Elle peut également aider à ralentir la respiration et le rythme cardiaque, diminuer la pression artérielle, etc. Elle provoque également une augmentation de l’hormone du réconfort, la prolactine, induisant un effet libérateur dans certaines situations.

L’art de la mémoire

Selon le neuropsychologue Hervé Platel, la mémoire et la musique entretiennent des liens particuliers. En effet, beaucoup de chansons sont rattachées à des moments de vies ou à des périodes de nos vies, “tant et si bien que certaines musiques sont des jalons de notre mémoire autobiographique, voire de notre identité.

Ouverture

La musique ne se contente pas d’accompagner nos journées : elle façonne nos émotions, stimule nos circuits de plaisir et ancre nos souvenirs.

Peut‐être que, derrière chaque vibration, se cache une manière de mieux nous comprendre nous‐mêmes.

Loane ROQUEL