Nous voici désormais au neuvième épisode du Curious Live, l’émission créée par les étudiant·es du Master MASCI, sur le thème cette année du patrimoine en Bourgogne. Cette fois-ci, Etienne et Camille sont accompagné·es d’Emma, Clément et Guillaume pour vous parler de celles et ceux ayant contribué à la construction du patrimoine bourguignon. 

Une région attractive et riche en histoire qui attire aujourd’hui de nombreux touristes. En effet, classée dans le TOP 10 des régions à explorer dans le monde en 2022 selon Bourgogne tourisme, la Bourgogne regorge de paysages atypiques. Mais quelle est véritablement l’histoire de cette région ? C’est ce que nos étudiant·es ont tenté de comprendre à travers l’émission de ce mois-ci. 

Palais des Ducs et des Etats de Bourgogne
Crédit photo : Bourgogne Tourisme

Les Ducs de Bourgogne : piliers du patrimoine régional

Comment évoquer la Bourgogne et son patrimoine sans évoquer les puissants Ducs de Bourgogne. Tandis que les rois de France s’épuisaient dans les combats de la guerre de Cent Ans, les ducs de Bourgogne ont édifié l’un des empires les plus puissants d’Europe. Le duché de Bourgogne s’étendait, au plus fort de sa puissance, jusqu’aux rives de la mer de Nord comprenant entre autres la Picardie, le Luxembourg et les Pays-Bas. Les ducs de Bourgogne étaient si puissants qu’ils ont failli détrôner le Roi de France et faire de Dijon la capitale du royaume ! Mais qui étaient donc ces puissants personnages ? 

Philippe le Hardi, le fondateur de la dynastie

Tout commence avec Philippe II de Bourgogne dit « le Hardi », dernier fils du roi Jean II de France. Il doit son surnom à la bravoure dont il fait preuve à 14 ans lors de la défaite française de la bataille de Poitiers en 1356. De retour de sa captivité chez les Anglais, il de vient le premier Duc de la dynastie des Valois. À sa majorité en 1363, il est nommé duc de Bourgogne avant d’épouse Marguerite III de Flandres, riche héritière des comtés de Flandre, d’Artois et de Bourgogne. La possession de ces terres fait de lui le plus puissant des « sires de fleurs de lys ». Amateur d’art et généreux mécène, il fait reconstruire en 1366 la forteresse de Dijon qui deviendra la Palais des ducs et des États de Bourgogne. L’édifice demeure aujourd’hui le plus prestigieux monument de la ville. 

Jean Sans Peur, celui qui voulait devenir roi de France

Fils aîné de Philippe le Hardi, Jean II de Bourgogne surnommé « Jean Sans Peur » est un prince de la maison capétienne de Valois et le cousin du roi Charles VI. En tant que duc de Bourgogne, il consolide les bases de ce qui deviendra l’État bourguignon. Mais son objectif est bien plus ambitieux : il veut devenir le roi de France ! 

Jaloux de son rival, Louis d’Orléans qui est le frère du roi, Jean Sans Peur le fait assassiner. L’événement provoque une guerre civile entre les Armagnacs (le clan du fils de Louis d’Orléans) et les Bourguignons (le clan de Jean Sans Peur). En 1419, Jean Sans Peur est tué sur le pont de Montereau par les hommes de Charles VII. 

Philippe le Bon, le fils qui voulait venger son père

Fils unique de Jean Sans Peur et de Marguerite de Bavière, Philippe le Bon s’allie avec l’Angleterre contre le roi de France pour venger le meurtre de son père. Il assiège Montereau avec l’aide d’Henri V d’Angleterre et exhume le cadavre de son père qu’il fait enterrer dans la chartreuse de Champmol et accroît la puissance du territoire. 

En 1450, il fait construire le coprs de logis du palais des ducs ainsi que la tour de la Terrasse (aujourd’hui la Tour Philippe le Bon). Les tombeaux de Jean Sans Peur et Philippe le Hardi sont conservés par le Musée des Beaux-Arts de Dijon et comptent parmi les plus beaux monuments funéraires de la fin du Moyen Âge. 

Charles le Téméraire, le dernier duc de Bourgogne

Le fils de Philippe le Bon est le quatrième et dernier duc de Bourgogne de la branche des Valois. Son père le nomma chevalier de la toison d’or trois semaines seulement après sa naissance. Cousin du roi Louis XI, Charles le Téméraire intègre la ligue du Bien Public, un groupe ligué contre le roi de France, avant même d’accéder à la tête du duché. Lorsqu’il devient duc de Bourgogne, il agrandit le territoire en occupant le duché de Lorraine. Mais l’histoire tourne mal lors de la dernière bataille de Nancy. On retrouve le corps de Charles le Téméraire raidi sous la neige, à moitié dévoré par les loups.

Son unique fille Marie hésite des possessions bourguignonnes. Mais Louis XI se réfère à la loi toujours en vigueur, qui précise que seul un homme peut gouverner, pour récupérer les États de Bourgogne. Les terres de celles dont il était le parrain reviennent au royaume de France et la Bourgogne se voit démembrée. 

À la suite de la transformation de la Bourgogne et plus particulièrement de Dijon avec l’arrivée des ducs de Bourgogne, le développement d’une centaine d’hôtels particuliers édifiés par les parlementaires se sont développés et font aujourd’hui partie intégrante du patrimoine bourguignon. 

Philippe II le Hardi
Crédit photo : Wikipédia
Jean Sans Peur
Crédit photo : Wikipédia
Philippe le Bon
Crédit photo : Wikipédia
Charles le Téméraire
Crédit photo : Wikipédia

Les personnages de renoms qui ont marqué la Bourgogne

Vauban et ses structures emblématiques : Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban, est né en 1633 dans le nord du Morvan, non loin du château de Bazoches qu’il recevra plus tard du Roi Soleil en guise de gratification et qu’il réaménagera. Il ne coupera cependant jamais les ponts avec sa région natale. Son expertise architecturale a marqué les 4 coins de la France et certaines ont même eu leur place au patrimoine mondiale de l’UNESCO : la citadelle et les remparts de Saint-Martin-de-Ré, les forts de Saint Malo, le barrage Vauban à Strasbourg, la cité fortifiée de Neuf-Brisach ou plus proche de chez nous la belle Citadelle de Besançon, et les fortifications de Belfort. 

Neuf-Brisach, Haut-Rhin
Crédit photo : haut-rhin.gouv
Citadelle de Besançon, Bourgogne-Franche-Comté
Crédit photo : Citadelle Besançon

Saint Bernard et l’abbaye de Fontenay : Cîteaux est le berceau de l’ordre cistercien, au XIIème siècle, un mouvement spirituel qui s’est étendu dans toute l’Europe. C’est ici que les membres de l’ordre ont décidé de fonder, en 1118, l’abbaye qui fera partie du Patrimoine de l’UNESCO : l’abbaye de Fontenay. C’est Saint Bernard lui-même qui est à l’origine de la construction de cette abbaye cistercienne. Aujourd’hui, c’est l’un des rares édifices à être aussi bien conservé. Son style romantique et son atmosphère sereine font de cette abbaye un site exceptionnel. 

Roger de Bussy-Rabutin et son château, souvenir de la Cour de Louis XIV : Cousin de la Marquise de Sévigné, Roger de Bussy-Rabutin a su se faire remarquer dans la cour de Louis XIV à cause de ses écrits scandaleux, avec notamment « l’Histoire amoureuse des Gaules » qui dévoile les galanteries des personnes célèbres de son époque. Suite à cela, il fut chassé de Versailles et dû retourner en Côte-d’Or, exilé pendant 17 années. Il y a presque comme un air de la Chronique des Bridgerton, non ? 

Château de Bussy-Rabutin, Côte-d'Or
Crédit photo : Teddy Verneuil

François Rude et une trace de Bourgogne sur l’Arc de Triomphe : ce célèbre sculpteur est l’une des fiertés de la région et son oeuvre la plus célèbre rayonne Place de l’Etoile à Paris, sur l’Arc de Triomphe ! Il réalisa en effet la sculpture monumentale « le Départ des volontaires de 1792 » (communément appelée la Marseillaise). Ses œuvres rayonnent aussi dans la région, notamment à Dijon avec un musée conçu spécialement pour son talent. 

Arc de Triomphe, Paris
Crédit photo : cdn.futura-sciences.com

Vercingétorix et la bataille d’Alésia, dont nous avons discuté avec le directeur du Muséoparc d’Alésia lors de notre précédente émission, que vous pouvez écouter en Replay. 

Communiquer le patrimoine : aspect essentiel d’un territoire

Patrimoine (nom masculin, du latin patrimonium) : Ce qui est considéré comme l’héritage commun d’un groupe. (Larousse). 

Le patrimoine, cet ensemble de biens, matériels ou non, que l’on hérite de nos ancêtres et dont il ne tient qu’à nous d’en prendre soin. Souvent, c’est également un héritage que l’on ne souhaite oublier, quitte à le valoriser pour en faire profiter le plus grand nombre. 

Et c’est à ce moment-là qu’entre en jeu la communication. Ce qui tombe bien, puisqu’en tant qu’étudiant·es dans le domaine, nous sommes dans la capacité de vous expliquer son rôle ardu mais nécessaire dans la préservation et la promotion d’un patrimoine. 

Tout d’abord, avant même d’expliciter sa fonction et les moyens mis en œuvre, il convient de rappeler qu’un patrimoine n’est pas naturellement « culturel » et qu’il doit être transformé en un produit « consommable » afin d’attirer un plus large public. C’est le principe de la communication : communiquer un produit afin de le « vendre » et ainsi de pouvoir le consommer. Pour cela, il faut donc proposer des services variés tels que des expositions, des concerts ou encore des événements, ce qui aura comme heureuse conséquence de répondre aux désirs des consommateurs/touristes. Finalement, le patrimoine devient accessible lorsqu’il fait se rencontrer valeur et support. 

Pour connaître la véritable valeur d’un patrimoine, cela va se jouer bien entendu sur la valeur économique, mais aussi les valeurs cognitives et artistiques qui seront appliquées grâce à l’événement mis en place (comme une exposition, par exemple). 

Une autre variable entre également en compte. Comme défini plus tôt, le patrimoine est un héritage. Cela signifie qu’il fait partie du passé, et sa valorisation va donc faire intervenir deux temporalités : le temps « long » du patrimoine et le temps « court » du service. Autrement dit, le fait de jouer sur la mémoire et l’histoire du lieu (le temps long) doit s’accorder avec les usages faits dans le présent via le service proposé (le temps court). La communication aura à cœur de préserver ces deux temporalités afin que celles-ci puissent cohabiter en parfaite harmonie. 

« Tout en gardant cette légitimité de parler Histoire, il faut aussi s'échapper pour attiser la curiosité et attirer l'attention des visiteurs »
Michel Rouger
Directeur général du MuséoParc Alésia

Comment la communication peut-elle donc avoir un impact sur la valorisation d’un patrimoine ? Il s’avère qu’en définitive, son rôle va être double. 

Dans un premier temps, il est évident qu’il existe un objectif de valorisation économique que tous cherchent acteurs, mais aussi en modifiant l’image d’un patrimoine pour acquérir plus de cohérence et d’attractivité. En effet, selon Boyer et Viallon (1994), en matière de tourisme « l’image est à l’origine et la décision de quitter son domicile, un préalable ». L’image a finalement une importante influence sur les résultats économiques, y compris ceux d’un patrimoine.

Dans un deuxième temps, la communication doit être créatrice de sens. Autrement dit, elle doit permettre la mise en avant des valeurs portées par le patrimoine en question, afin avant tout de créer du lien avec le consommateur. Ici, l’optique sociale prédomine, permettant un contraste entre les deux rôles de la communication. 

En jouant sur ces deux perspectives, économique et sociale, la communication doit pouvoir valoriser un patrimoine en tenant compte non seulement de ses valeurs (économique et culturelle) mais aussi des envies et désirs de consommation, et donc de la demande de la part des consommateurs/touristes. 

Le cas de Dijon

La théorie, c’est bien, mais qu’en est-il en pratique ? Et surtout, comment la ville de Dijon valorise-t-elle son patrimoine grâce à son histoire ? 

Avant tout, voici quelques chiffres de 2021 intéressants à mettre en avant : 

  • 7266 : le nombre de (courageux) visiteurs ayant gravi les marches de la tour Philippe le Bon. 
  • 49 403 : le nombre de personnes qu’a accueilli le Musée des Beaux-Arts. Le Musée Rude en compte 21 451 et le Jardin des Sciences Muséum 18 922. 
  • 74 % : le pourcentage de touristes français (majoritairement bourguignons et franc-comtois) qui ont posé le pied dans le Cité des Ducs. Les touristes étrangers représentaient donc 26 % des visiteurs, principalement originaires de Belgique, des Pays-Bas et d’Allemagne.

Ces nombreux touristes ont pu profiter des différents événements mis en place à Dijon qui avaient comme objectif de faire vivre le patrimoine et le valoriser différemment, sans utiliser forcément les outils de communication dits « traditionnels ». 

Évidemment, en tant qu’emblème de la ville, la tour Philippe le Bon a beaucoup été sollicitée dans les diverses campagnes communicationnelles ayant eu lieu, notamment lorsque celle-ci s’est transformée en « Tour de l’horreur » à l’occasion de la fête d’Halloween. Ce qui fait également le bonheur des communicants, c’est la « communication gratuite » ! Autrement dit la promotion d’un produit ou d’un service venant de l’extérieur, sans besoin de stratégie de communication quelconque ou debudget particulier. Plusieurs coups de projecteur ont notamment été faits sur ce bâtiment sans que cela initié par la ville : réalisation d’un clip de bachata sur le toit de la tour et un projet de concert en direct directement depuis celle-ci. De quoi montrer les différentes facettes de ce monument de façon originale. 

Et puisque nous parlons d’originalité, nous vient alors à l’esprit cette initiative de deux guides dijonnais qui, pour célébrer la Saint Valentin, ont décidé de proposer des visites insolites agrémentées d’anecdotes coquines et érotiques. Une façon pour eux de « proposer une Histoire plus accessible, plus vulgarisée et donc plus ludique ». 

Nous vous expliquions plus haut la nécessité d’offrir des services afin de valoriser le patrimoine et d’attirer des consommateurs, et c’est exactement ce que souhaite mettre en place la mairie dijonnaise. Au sein du Jardin Darcy devraient voir le jour des manèges et des animations pour séduire les familles, alors que s’était déjà installé début avril un kiosque. Cela permet donc de mettre en avant le patrimoine dijonnais tout en répondant aux désirs des consommateurs.  

Les Bourguignons s'illustrent aussi à l'international

La Bourgogne a également son lot de célébrités ayant marqué la région, la France, mais aussi parfois la planète. Retour sur deux bourguignons ayant marqué l’histoire ! 

Que serait Paris sans la Tour Eiffel ? « De Montmartre à Grenelle, on ne regarde qu’elle », chantait Chantal Goya. Avec 7 millions de visiteurs chaque année, la Tour Eiffel est l’un des monuments les plus visités du monde. Symbole phare de la Ville Lumière, sa réputation n’est plus à faire. Celle de son créateur qui y a habilement apposé son nom n’est plus à refaire non plus. Pourtant, peu de personnes savent que Gustave Eiffel est bourguignon. En effet, c’est à Dijon que l’ingénieur voit le jour le 15 décembre 1832, au 16 quai Nicolas Rolin. Il resta dans la cité des ducs jusqu’à l’obtention de son bac au lycée royal, avant de rejoindre la capitale dont il finira par changer le paysage à tout jamais. Il participa également à la construction de la Statue de la Liberté, autre joyau touristique. Gustave Eiffel n’aura cependant pas réussi à conquérir le coeur des Dijonnais de son vivant, de par son absence mais aussi à cause du scandale du Canal de Panama, qui lui valut une peine de prison en première instance. La débaptisation du quai l’ayant vu naître, initialement renommé en son honneur, en fut la preuve. 

Un autre dijonnais a, par ailleurs, marqué le patrimoine parisien, avec néanmoins moins de succès que Gustave Eiffel. Il s’agit de Georges Diebolt, sculpteur ayant notamment réalisé le Zouave, situé sur le pont de l’Alma. Lorsque le Zouave se retrouve les pieds dans l’eau, il informe les Parisiens que la Seine est en crue. Lors de la grande crue de 1910, le Zouave s’est retrouvé avec de l’eau jusqu’aux épaules, soit 8m62. 

Mais la Bourgogne, c’est aussi des femmes d’exception. Colette, de son vrai nom Sidonie-Gabrielle Colette, avant d’être un symbole de l’émancipation de la femme est une paysanne bourguignonne née à Saint-Sauveur-en-Puisaye, petit village de l’Yonne. Au fil de sa vie, Colette a porté bien des casquettes : femme de lettres, journaliste, actrice, ou encore mime. Véritable icône en France, elle est devenue la première femme à recevoir des obsèques nationales à sa mort en août 1954. Cependant, bien que l’idée fût considérée en 2013 par le gouvernement, Colette ne repose pas au Panthéon, mais au fameux cimetière du Père-Lachaise. Son histoire a touché au-delà des frontières de l’Hexagone, si bien que Colette est une des écrivaines françaises les plus populaires au monde. Le réalisateur Wash Westmoreland lui a d’ailleurs consacré un film s’appelant tout simplement Colette, sorti à l’automne 2018 aux États-Unis, et début 2019 en France, avec Keira Knightley dans le rôle éponyme. Un film salué par la critique et un succès au box-office. 

Colette
Photographe : Henri Manuel, crédit photo : Wikipédia