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Un après-midi au cœur du classico du Bowling Classic

Sport méconnu mais exigeant, le bowling classic se vit intensément en championnat National. À Dijon, le Réveil d’Is-sur-Tille a défié le leader national dans un match où chaque quille comptait.

Au quillier de Dijon, haut lieu du bowling classic français, les regards sont déjà tendus. Dijon contre le Réveil Is-sur-Tille, le classico du championnat National (plus haute ligue française) qui fait monter la température avant même le début du match entre ces deux clubs rivaux depuis des décennies. J’arrive et rejoins mes coéquipiers déjà tous présents et concentrés. Cet après-midi nous jouons plus qu’un match : Dijon est premier ex æquo, nous sommes juste derrière. Personne ne nous attend réellement chez eux, et c’est peut-être ça notre force.

En me dirigeant vers les pistes, je repère la feuille de match. Un rapide coup d’œil suffit : je joue au deuxième tour, en plein cœur du match, le moment où tout peut basculer. En face, Dijon aligne une équipe solide, avec son capitaine, véritable référence nationale, placé en dernier pour garantir un point final.

Pour comprendre la logique d’un match, c’est simple : il oppose six joueurs de chaque équipe, répartis en duels sur trois tours. Chaque duel rapporte des points, et tout se joue souvent à quelques quilles près, notamment grâce au bonus collectif accordé à l’équipe ayant le plus gros total de quilles. Au bowling classic, un match peut se jouer dès la préparation de la feuille et le placement stratégique des joueurs.

Le premier tour démarre, c’est souvent une faiblesse chez nous et cette fois ne fait pas exception puisqu’il tourne rapidement à l’avantage des hôtes du jour. Deux duels, deux défaites : l’entrée en jeu est brutale. Pourtant le déficit en quilles reste léger, et presque rassurant, ces deux points nous ont échappés au dernier moment mais rien n’est encore perdu, il nous reste deux tours.

De notre côté, personne ne panique. On sait que le match ne se gagne pas uniquement sur l’ouverture, c’est au deuxième tour qu’il faut savoir rebondir, et cette fois, je suis dedans.

En face de moi, je retrouve un ex-joueur de l’équipe de France, fraichement arrivé dans le club de Dijon. L’aura est présente mais je sais que ces pistes peuvent le mettre en difficulté malgré toute son expérience : je garde mon calme et reste serein. Pourtant il démarre fort et arrache la première partie avec un gros score, je perds l’avantage mais je reste concentré. Sur les pistes, la chaleur est écrasante, quelques gouttes de sueur tombent sur mes lunettes, me déconcentrant un court instant. Un match se joue essentiellement au mental, mais la rencontre est loin d’être terminée et je vois mon adversaire en train de faiblir, il faut que j’en profite. En soutien, de l’autre côté des pistes, mon capitaine déroule son jeu. Leader incontesté, aussi exigeant que performant, il enchaine les bonnes boules et prend son duel en main. Une heure plus tard : notre tour s’achève et nous remportons nos deux duels et surtout, une avance massive au total de quilles. Le match est relancé et la situation est totalement changée, Il ne nous manque plus qu’un duel remporté pour crier victoire.

Photographie de l’échauffement du deuxième tour du match de National masculin Dijon / Réveil Is-sur-Tille

Le dernier tour s’annonce électrique, Dijon aligne enfin son capitaine, imprenable chez lui, tandis que tous les regards se fixent sur le duel d’en face, celui qui décidera de l’issue du match. L’ambiance explose dès les premières boules. A la deuxième piste, notre joueur enchaine les neufs (ce qui nous offre une avance considérable dans le duel), nos voix couvrent presque la salle entière. Les Dijonnais râlent, agacés par notre bruit. Vers la f in du match, leur joueur craque : trois jets nuls d’affilée, tout le monde comprend que le tournant est là. Ce duel nous revient à 3 quilles près. Le reste du tour est sans surprise, leur capitaine prend le sien mais ne parvient pas à rattraper leur retard. Victoire pour le Réveil d’Is-sur-Tille 5 à 3.

La tension retombe, il y a des heureux et des frustrés, comme pour tous les matchs. On se serre la main, et on finit même par manger ensemble, tradition du National oblige. Dans notre camp, un sourire s’affiche : nous venons de faire tomber Dijon à domicile et on les rejoint en tête du championnat. Peu croyaient en nous mais cet après-midi, nous avons rappelé que le Réveil porte bien son nom.

Par Nathan GAUDÉ